La pression que le président Donald Trump exerce sur la Réserve fédérale américaine depuis le début de son mandat est maximale. Quels seraient les risques liés à une perte d’indépendance de la plus puissante Banque Centrale du monde ? Peut-on craindre un tel scénario court terme ?

Par Ombretta Signori, Directrice de la recherche macroéconomique, et Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux et solutions de trésorerie chez Ofi Invest Asset Management .


Donald Trump fait pression

La Réserve fédérale américaine (la Fed) a déjà reçu des pressions politiques par le passé. Le président Nixon avait incité Arthur Burns, alors président de la Fed, à adopter une politique monétaire plus accommodante à l’approche des élections de 1972. Mais ces interventions n’étaient pas divulguées. Aujourd’hui la pression est exercée publiquement.

À plusieurs reprises Donald Trump a exhorté la Fed à baisser les taux directeurs pour stimuler l’économie et réduire le coût de la dette du pays. Face à l’absence de réponse, il a ouvertement menacé de licencier son président, il a tenté de destituer l’un de ses gouverneurs Lisa Cook, et il a profité de la démission d’un gouverneur pour nommer le président de ses conseillers économiques Stephen Miran, au Conseil d’Administration (Board) de la Fed.


Un outil de contrôle de l’économie

Au-delà du prestige et du pouvoir, contrôler la Fed permettrait d’agir sur les taux directeurs avec la possibilité de les baisser pour stimuler l’économie et réduire le poids de la dette. C’est la priorité de Donald Trump.

Le président pourrait indirectement orienter la Réserve fédérale, tenter de réformer la réglementation des institutions financières qui a été introduite avec la loi Dodd-Frank (après la grande crise financière 2008/2009). Cette réglementation a donné à la Fed davantage de pouvoirs de surveillance sur les banques notamment.


L’indépendance d’une Banque Centrale est fondamentale

D’après des recherches menées l’indépendance d’une banque centrale permet d’assurer la stabilité des prix, c’est à dire de lutter contre l’inflation, sans sacrifier la croissance. Cela a d’ailleurs inspiré les réformes institutionnelles des années 90 pour la création de la Banque Centrale Européenne (BCE) et la réforme majeure de la Banque d’Angleterre en 1997.

La structure actuelle de la Réserve fédérale américaine vise à la protéger des pressions politiques : elle est indépendante des trois branches du gouvernement et ne dépend pas du budget du Congrès. Ses dirigeants ont des mandats longs (14 ans pour les gouverneurs, 4 ans renouvelables pour le président), assurant une continuité au-delà des cycles électoraux.


Des répercussions sur les marchés financiers mondiaux

La perte d’indépendance aurait un effet boule de neige : la politique monétaire perdrait en crédibilité ce qui provoquerait des tensions inflationnistes (hausse des salaires et des prix). L’incertitude ferait augmenter les primes* que les investisseurs demandent face au risque, freinant le crédit et l’investissement privé. Au final cela réduirait la croissance potentielle.

Mais les conséquences d’une telle situation ne se limiteraient pas aux actifs locaux. Elle pourrait avoir des répercussions sur les marchés mondiaux et le système financier international. Nous en avons eu la preuve cet été : l’annonce fin août 2025 du limogeage de Lisa Cook par Donald Trump (annulé depuis par une juge fédérale) a notamment provoqué une baisse des actions, du dollar et une hausse des taux souverains.


La perte d’indépendance de la Fed est-elle probable ?

À ce stade, le risque n’est pas élevé. Il y a eu des précédents, mais seulement dans les pays émergents. Le cas le plus récent est celui de la Turquie. En cinq ans, le président turc Recep Tayyip Erdogan a limogé cinq présidents de la Banque Centrale turque et renvoyé plusieurs membres du comité de politique monétaire, notamment en raison de son opposition aux taux d’intérêt élevés. Cela a amené à une inflation galopante, supérieure à 80 % en 2022, une dépréciation de la monnaie locale et la fuite de capitaux.


Des échéances clés à surveiller

Le président américain nomme les gouverneurs de la Fed (confirmés par le Sénat) et le président de la Fed, choisi parmi ces gouverneurs. Le Board composé de 7 gouverneurs est donc l’organe de la Fed sur lequel le président a le plus d’influence.

Aujourd’hui, le président ne peut nommer un nouveau gouverneur que lorsqu’un mandat expire. En 2026, seul celui de Stephan Miran prendra fin en janvier. Celui de Jerome Powell en tant que président de la Fed se terminera en mai, mais son mandat de gouverneur ne s’achèvera qu’en janvier 2028.

Même si cela semble peu probable, Jerome Powell pourrait choisir de ne pas démissionner de son poste de gouverneur et de rester au sein du Board. Dans ce cas, Donald Trump ne disposera que du siège de Stephan Miran pour nommer la personne de son choix à la présidence de la Fed, si celle-ci n’est pas déjà à un poste de gouverneur. La liste des personnes convoquées pour un entretien est longue et de nombreux noms ont été cités par la presse.

Autre élément clé : si Lisa Cook décidait de partir courant 2026, cela offrirait à Donald Trump la possibilité de nommer un autre gouverneur dans sa sphère d’influence. Dans cette hypothèse, et en cas de démission de Jerome Powell, Donald Trump pourrait nommer jusqu’à trois gouverneurs en 2026, ce qui serait loin d’être négligeable pour influencer le comité de politique monétaire (FOMC).

Il pourrait théoriquement accroître son emprise sur la Fed, au risque d’en compromettre l’indépendance.


Le Président Trump doit tenir compte des marchés financiers !

L’indépendance n’est pas un choix binaire et il existe plusieurs scénarios intermédiaires faits de compromis ou d’ingérences politiques.

Certaines forces pourraient inciter le président des États-Unis à réduire la pression exercée sur la Fed. Les marchés constituent la première de ces forces. Donald Trump doit faire attention à ne pas aller à l’encontre de ses objectifs et maintenir des taux d’intérêts plus bas !


*GLOSSAIRE :

Prime de risque : récompense supplémentaire qu’un investisseur exige pour accepter un risque plus élevé par rapport à un placement sans risque


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